L’autre jour, j’ai été confronté à des perturbations dans les transports en commun. Je ne connais pas les détails du problème et ne citerai donc ni la RATP ni la SNCF (bon, si, c’est fait !) mais la raison officiellement annoncée était une fois encore une « grève spontanée du personnel suite à une agression d’un agent ».
Avec une pointe d’exaspération, je cherche à comprendre ces gens qui font grève dans ce cas précis. Une agression n’est jamais souhaitable et on est en droit de demander à son employeur d’apporter des moyens pour tenter d’éviter ce genre de situation. Mais cela justifie-t-il une grève ?
Jamais je n’imaginerais cesser le travail parce qu’un de mes collègues a été agressé. Je me vois tout au plus compatir et soutenir ses actions contre l’agresseur mais je ne vois pas ce qui me motiverait à pénaliser mon entreprise et encore moins ses clients, eux aussi victimes indirectes de cette agression (même si c’est dans une moindre mesure).
A l’instar de Voltaire qui ne croit pas à la religion d’autrui mais combat pour qu’il ait le droit de l’exercer, je serai toujours favorable au droit de grève, en tant qu’expression libre d’un problème et levier pour le changement. Mais cela ne m’empêchera pas de condamner l’attitude irresponsable des grévistes du jour : cette action apporte d’autres problèmes mais aucun début de solution ! Pire, ce genre d’abus donne un maximum d’arguments à certains politiques qui un jour peut-être se donneront les moyens de revenir sur ce droit… Comment fera-t-on pour se faire entendre quand la grève sera justifiée ? Je n’affirme pas que cette agression n’est pas un problème sérieux mais je trouve que cette grève est stupide et néfaste à bien des égards.
J’ai imaginé les grévistes, dont une bonne proportion d’anciens soixante-huitards, de la catégorie des utopistes résignés, ceux qui ont conservés leurs idéaux sans trop y croire mais sont prêts à les ressortir le moment venu pour leurs intérêts nombrilistes. Où est passé le respect d’autrui, de la société, du bien commun, du service public ? Ces gens prêts à manifester pour ces mêmes valeurs les piétinent à la première occasion en espérant grapiller quelques petits avantages pour leur pomme… Ils sont beaux les idéaux…
Heureusement, tous les soixante-huitards n’ont pas muté en utopistes résignés. Il y a aussi les profiteurs cyniques. On les a vu en action, dès les années 80, prêts à tout pour le fric, que cette attirance soit ou non avouée et assumée. Ils ont oeuvré pour nous conduire vers la crise actuelle (autant dans ses aspects économiques que dans ses aspects moraux ou écologiques), et en jouissant bien au passage ; sûrement le seul idéal auquel ils sont restés fidèles !
Mai 68 a été un événement marquant et quoi qu’ils puissent en dire l’histoire donne tort à ceux qui veulent le minimiser. Mais si le beau mouvement a libéré bien des aspects de notre société, il a aussi laissé quelques traces indésirables. Il est peut-être temps que cette génération profite de la retraite car la suivante, héritière d’un individualisme paradoxal, a bien du pain sur la planche…
(Je sais, c’est une vision pessimiste et vous avez droit de me blâmer pour être tombé dans le travers des généralisations faciles et des clichés. Je suis donc preneur de toute vision différente de la réalité. En attendant, je n’en trouve pas d’autre.)